François Bayrou 62

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"Il faut concentrer les efforts sur le soutien aux entreprises et aux créateurs"

Publié le 20 Décembre 2012 par bayrou62 in Bayrou 2012

François Bayrou

 

François Bayrou a répondu aux questions du journal La Croix, mercredi 19 décembre. Le leader centriste appelle à des mesures d'urgence: "concentrer les efforts sur le soutien aux entreprises, aux créateurs, sans doute refonder le droit du travail". Il propose également "d'utiliser la réserve de productivité que constituent les 35 heures, par la négociation dans les entreprises".

Vous avez sonné un « appel à la mobilisation générale ». Qu’entendez-vous par là ?

Quand la maison brûle, tous les efforts doivent être mobilisés pour la sauver ! Or la situation de la France se dégrade d’année en année et de mois en mois. C’est sur le terrain de la production que notre pays s’effondre. Et cela s’aggrave depuis le début des années 2000. C’est pour cela que le chômage flambe, que nous ne produisons plus les richesses nécessaires pour sauvegarder le niveau de vie des familles, pour créer les emplois nécessaires aux jeunes et aux plus âgés, pour financer notre modèle social et de service public. Alors, faute de financements naturels, pour maintenir nos habitudes, nous empruntons et nous acceptons des déficits. C’est pour le devenir de notre pays un péril aussi lourd qu’en d’autres temps le furent les guerres. La responsabilité des gouvernants devrait être de définir un plan de bataille et de mobiliser toutes les forces vives de la France pour renverser la situation.

Concrètement, quelles seraient les mesures d’urgence à prendre ?

Comprendre pourquoi le pays qui était en tête en Europe au début des années 2000 en est arrivé là, et agir sans faiblesse, si l’on peut dans le plus large consensus. Il faut concentrer les efforts sur le soutien aux entreprises, aux créateurs, sans doute refonder le droit du travail, actuellement trop complexe et dissuasif de l’embauche. Il faudra se poser la question de la durée du travail. Nos voisins européens ont pris la décision de baisser les salaires et les retraites. En France, ce serait une tragédie sociale et économique ! Nous avons toutefois les 35 heures, qui constituent une réserve de productivité : utilisons-la en décidant de fixer le temps de travail par la négociation dans les entreprises. Il faut dans le même mouvement réformer l’État. Tous les Français voient bien que l’État pourrait les servir mieux en dépensant moins.

Pendant la campagne présidentielle vous avez défendu l’idée d’une politique de l’offre, par opposition à une politique keynésienne de la demande. Le « socialisme de l’offre » de François Hollande rejoint-il vos convictions?

La conférence de presse de François Hollande au mois de novembre annonçait un tournant très prometteur. J’ai soutenu fortement cette réorientation. Aujourd’hui, on attend les décisions et il y a beaucoup d’ambiguïtés, avouons-le, autour de ces décisions. On entend plus souvent évoquer des dépenses nouvelles que des économies. Je crois vraiment que François Hollande est conscient de la situation. Mais il faudra qu’il ait la volonté politique de l’assumer dans les actes. Son problème, c’est qu’il traîne deux boulets : son projet présidentiel, pas plus que l’orientation profonde de sa majorité ne correspondent à la politique qu’il doit conduire. Or ces contradictions ne pourront pas se résoudre par habileté ou en louvoyant. Les incohérences et les contradictions sont si nombreuses que, d’ici à quelques semaines, va se poser pour le président de la République la question d’une clarification, et sans doute un jour d’une relégitimation de son action par le peuple.

Vous pensez à une dissolution de l’Assemblée nationale ?

Cette idée se heurterait malheureusement au fait que le mode de scrutin, si on ne le change pas, amènerait sans doute un brutal renversement de la majorité d’un camp vers l’autre, du PS et de ses obligés vers l’UMP et ses obligés. C’est ce que montrent, en les généralisant, les résultats des dernières élections législatives partielles. Bref, nous serions une fois de plus dans l’excès des affrontements, et don bien loin d’une majorité nouvelle incarnant une mobilisation générale ! Mais le peuple peut aussi s’exprimer par référendum. J’avais moi-même envisagé trois sujets de référendum engageant l’avenir de la nation : la moralisation de la vie publique, une vraie réforme pérenne des retraites, et la « règle d’or » budgétaire, intimement liée à la question européenne. La « règle d’or », c’est fait, mais il reste au moins deux de ces trois sujets.

Qui pourrait participer à une nouvelle majorité de mobilisation générale ?

Nous assistons en direct à l’explosion des deux camps. À gauche, à chaque fois qu’une décision importante est à prendre – on l’a vu sur Florange – deux sensibilités irréconciliables s’opposent. D’un côté, une sensibilité réformiste autour de François Hollande et Jean-Marc Ayrault. De l’autre, une sensibilité radicale, de Jean-Luc Mélenchon jusqu’au sein même du gouvernement avec Arnaud Montebourg. Au moins un tiers des soutiens du PS sont en désaccord avec la politique suivie. À droite, la crise interne de l’UMP est aussi révélatrice de deux lignes politiques. D’un côté, la ligne de « droite décomplexée », celle de Jean-François Copé et de Patrick Buisson, qui a choisi de cultiver les divisions et les angoisses du pays pour faire des voix. De l’autre, celle de François Fillon ou de François Baroin, qui insiste sur l’idée d’un rassemblement du pays au-delà du parti. En définitive, à droite comme à gauche, les uns et les autres ne partagent plus grand chose, sinon des raisons électorales. Les réformistes de gauche, de droite et du centre ont certes des nuances entre eux, mais j’atteste pour bien les connaître que sur l’essentiel, sur le cap des réformes, ils pourraient s’accorder. Les réformistes de gauche, du centre et de droite, dans l’urgence qui frappe le pays, seront un jour devant leurs responsabilités.

Quelle serait votre attitude si un membre du MoDem finissait par entrer au gouvernement ?

Entrer dans un gouvernement dont la ligne politique et la majorité ne sont pas clarifiées, et pas cohérentes avec ce que l’on pense et croit, cela n’a aucun sens. Je le disais hier quand l’UMP était au pouvoir. Je le dis de la même manière aujourd’hui. Prendre ses responsabilités quand les choses sont clarifiées, que la ligne est juste, même si c’est difficile, c’est digne et c’est bien. Mais se rallier dans l’ambiguïté, ce serait une faiblesse, et donc un reniement.

Propos recueillis par Laurent de Boissieu

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